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Scène

Fred Frith solo [1]

Un monsieur âgé descend lentement, mais d’un pas déterminé, pieds nus, à travers l’audience pour monter sur la petite scène du Carré bleu, où tout l’attend déjà pour ce qui va suivre, une Gibson 345, une chaise, un micro, une batterie de pédales, une petite table avec des ustensiles divers, boîtes, récipients métalliques, chaînes, chiffons, cordes et autres fils, bâtons, archet, billes, etc.

Il s’assoit, attend que les applaudissements s’arrêtent, pose doucement sa guitare sur ses genoux et - rien. Un instant de silence, de concentration certainement, qui fait tout autant partie du voyage, qui commence et cherche son titre, un monde en musique, en bruits, en reflets, en distorsions, chuchotements, frictions, apesanteur, tiraillements, chocs, entre-chocs, frottements, tensions, distensions...

Comme pour prolonger ce silence, il pose une boîte (taille boîte à bonbon) sur les cordes, le couvercle renversé à côté, et manipule une chaîne, deux chaînes, qu’il laisse glisser par ses mains, tel un rosaire [2].

Synesthésie

Des allées et retours des mains entre la table et la guitare en permanence, interrompus ou accentués par les pieds qui manipulent, gèrent, pilotent les différentes pédales disposées en demi-cercle. Fred Frith a donné le nom "From Eye to Ear" à une série de disques, qui regroupent des musiques composées pour des films. Le nom se justifie certainement par ce rapport entretenu entre oeil et oreille, cependant le dispositif mis en place par Fred Frith ressemble bien à un film (extérieur et intérieur) : les gestes délicats, lents, violents, rapides, la manipulation des objets et leurs répercussion immédiate ou différée (dans le passé, dans le futur à l’aide des boucles) donnent à voir et à entendre. En fermant les yeux, on procède dans le sens inverse, être toute ouïe et développer ce film intérieur, imaginaire de certains musiciens et/ou compositeurs [3], mais aussi de profanes à la recherche d’une interconnexion globale des sens, qui souvent passe par une synchronisation entre oeil et oreille.

From Redcat Performance 2007 IMG/flv/fred_frith_en_images.flv

S’éteindre

Spectateur, auditeur, on passe donc de l’oeil à l’oreille, de l’ouïe au regard. La guitare devant nous devient une boîte à outils sonore, une caisse, un corps de passage, intermédiaire entre le musicien, bricoleur, compositeur en temps réel et les haut-parleurs transmetteurs, avant que nous, auditeurs suivent, (re)structurent, (re)composent l’univers sonore en train de se créer. La synchronisation oeil/oreille met d’abord les objets en rapport avec les sons qu’ils déclenchent, des sons habituels que nous attribuons à ces objets. Puis on glisse vers autre chose, les sons se détachent des objets, commencent une vie propre à eux, interagissent avec leur environnement, augmenté par des samples et boucles de sons enregistrés en direct.

À force de passer par des "filtres" (vibration des cordes, effets de pédales, toucher de la main, etc.) le sonore se départit de l’oeil sur un plan matériel tout en refaisant la jonction dans l’imaginaire, évoquant les fameuses images intérieures.

Carré bleu - extrait France Musique 23/05/11
IMG/mp3/frith_care_bleu_extraits.mp3

Pendant cette parenthèse, Fred Frith continue à développer ses "paysages sonores" - à transformer sa guitare en orchestre virtuel et flottant. Au bout d’une heure de voyage, la fin s’annonce par l’intervention de la voix, un langage secret dans une langue imaginaire [4]. Le paysage se fait plus épuré, avec plus de silences, un râle rauque annonce la fin, comme pour s’éteindre avant d’éteindre le courant qui coupe le son de la guitare.

 

[1] le concert du Carré bleu, y compris un portrait du musicien, seront diffusés intégralement lors de la nuit de l’improvisation sur France Musique, le 12 juin prochain - nuit de samedi-dimanche

[2] j’y ai vu vraiment un moment ma grand-mère manipulant son rosaire en psalmodiant - là ce sont les cordes qui psalmodient

[3] par exemple "Imaginary Landscape" (Cage), ou une longue histoire d’inventions d’instruments à transposer sons en images - rêvés entre autre par Alembert - le clavecin oculaire, puis réalisé la tradition des films d’animations à représenter une musique en animation jusqu’à la visualisation toute banale de chansons numérisées en animations pour écrans d’ordinateurs, simple traduction d’un rêve technologique, la synesthésie

[4] au moins je ne saurais pas dire de quelle langue il s’agît

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Ritournelle(s) de Mr Frith
Publié le: 24 mai 2011
- Dans la rubrique: Chroniques
 
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