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"Il n’y a pas si longtemps, éclairés par DANEY et d’autres, nombres de cinéphiles et de réalisateurs étaient convaincus que le cinéma était un successeur légitime de la tragédie antique, un moment cathartique de la démocratie. ALEXANDRE ADLER parlait alors de « l’art cinématographique, qui se refusait à être un miroir tendu à une société, mais une projection fortement subjective vers un point, nécessairement imaginaire, du désir de cette société, un lieu de dénouement des conflits internes du monde ». Cette définition du cinéma semble aujourd’hui majoritairement reniée. Public et critiques réclament toujours plus de société, toujours moins de monde. Plus en plus de scénarios sociologiques, moins en moins de mise en scène. Plus en plus de vrais gens, moins en moins d’acteurs. Toujours plus de miroirs tendus, de moins en moins de projections.

Nous sommes évidemment plusieurs cinéastes à ressentir cette pression comme une agression, comme la négation même de ce qui nous a porté vers le cinéma. A chacun, à sa manière de résister, au cœur de nos films, de nos réflexions. Et aujourd’hui, pour moi, dans mon désir urgent de repasser par la case théâtre. Comme un sevrage de naturalisme, un retour aux mots, à la voix, une échappée vers la mise en scène. Et c’est un manifeste, car dans le cinéma d’aujourd’hui, ce qui semble cruellement suspect, déplacé, grotesque, c’est la mise en scène, à qui l’on a retiré toute valeur pour lui substituer une valeur étalon condensée dans l’expression « un regard juste », et même, « juste un regard ». Je viens au théâtre dans l’idée de fuir ce « regard juste », je viens travailler une vision.

Pour passer la frontière, j’ai choisi de présenter un drame romantique, j’ai choisi VICTOR HUGO, dont l’écriture même se fonde sur la mise en scène et la vision. En relisant l’ensemble de son théâtre, je me suis arrêté sur ANGELO, TYRAN DE PADOUE. Il y a dans ce texte une thématique commune avec mes deux derniers longs-métrages, LA BELLE PERSONNE et NON MA FILLE TU N’IRAS PAS DANSER, à savoir l’autorité faite aux femmes. Angelo règne sur Padoue, mais le peuple de Padoue est absent dans la pièce, comme réduit à deux personnages, la femme et la maîtresse du tyran. C’est dans son rapport aux femmes, qu’Hugo nous fait le portrait de l’oppresseur. La tyrannie est ici domestique et amoureuse. Le désir plus que le pouvoir semble en être la cible. Angelo est un mari avant tout, jaloux, obsédé par l’infidélité, qui ne supporte pas de ne pas régner en maître sur qui il désire. Décidant à la première résistance, au premier soupçon, de condamner à mort l’objet même de son désir, comme s’il ne pouvait souffrir aucune opposition dans son couple comme dans sa ville. Angelo est un tyran vacillant, tremblant de peur, menacé constamment par son besoin d’être aimé.

Angélo, tyran de Padoue

Mélodrame sentimental et portrait de la condition féminine, la clarté du texte de VICTOR HUGO, ne doit pas nous aveugler ; comme ses récits, il cache bien des portes secrètes et des souterrains autrement plus obscurs et ambigus. Les femmes ici apparaissent finalement moins asservies qu’elles ne le désirent. Les cadavres semblent avoir plus d’attrait que les vivants. Et quand trois hommes aiment la même femme, c’est en alliés plus qu’en rivaux qu’ils se comportent.
Absolutisme et érotisme du pouvoir de l’homme sur la femme, voilà ce que je veux représenter sur scène aujourd’hui. A ma manière, qui sera je l’espère romanesque, sentimentale et vive. Sans parodie mais pas sans légèreté. Porté l’élan que me donne Hugo, c’est avec l’espérance et la joie d’un prétendant que je me lance dans l’aventure."

CRISTOPHE HONORÉ, novembre 2008

in : Dossier pédagogique Maison de l’éducation des Yvelines - Voir dossier complet

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Un tyran passe
Publié le: 18 août 2010
- Dans la rubrique: Chroniques
 
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